Lumière du sang

Mon séjour à l'hôpital (part. I)

 

 

 

Je n'irai pas en cours ce matin. Je suis là, sur un banc, dans la cour, mon téléphone portable dans la main. Je viens de parler à mon père, les mots sont sortis tous seuls de ma bouche, je n'ai pas cherché à les retenir. Et je les ai déjà oublié. A peine parviens-je à en retrouver le sens. « Viens me chercher, je t'en prie, je suis sur le banc, je ne suis pas allée en cours, j'ai envie de me faire mal, j'aime me faire mal, j'en ai envie tout le temps, je trouve ça naturel de me faire du mal... » ou quelquechose dans le genre. Ma voix était calme, j'aimais ce délire, cette envie enivrante de me faire du mal, cette totale irréalité si douce à mes yeux, à mon corps, à mon âme... Je trouvais ça tellement normal ! Pourtant, cette voix du coeur ressemblait plutot à un appel à l'aide. Comme si coexistaient en moi deux cerveaux bien distincts : mon cerveau sain et mon cerveau... malade. Je suis fascinée par cette donnée naissante : malade. Alors, je lui laisse les pinceaux pour lui permettre de peindre sa toile. Je suis à la fois effrayée et pressée de voir le résultat...

Il serait mieux d'aller attendre mon père devant la grille du lycée; il m'a dit qu'il viendrait le plus vite possible... Je l'attends avec la certitude rassurante de ne pas aller en cours ce matin. Si j'étais venu, ils m'auraient jugé, oui, ils m'auraient jugé tous autant qu'ils sont, avec leurs yeux braqués sur moi, avec leurs messe-basses malveillantes... La prof de maths m'aurait regardé d'un oeil noir, parce que j'étais en retard, parce que je n'ai pas fait mes exercices, comme d'habitude. Mais j'ai autre chose à faire, moi ! Je suis en train de me découvrir sous un autre jour... Et ce matin, je ne voulais pas aller au lycée. Alors je suis arrivée en retard. J'angoisse toujours maintenant quand il s'agit d'aller au lycée, j'angoisse tellement que ça me prend toute la gorge, toute la poitrine, je suis presque paralysée, j'ai le souffle court et la silhouette voûtée. Le lycée est un prison remplie de gens malveillants... De toute façon, qu'est-ce qu'ils peuvent y comprendre, à ce nouveau Moi qui se révèle ?

*soupir* Si j'avais su où tout ça me mènerait...


En attendant mon père, je suis prise d'une idée folle mais dont le but me paraît si agréable... Je prends un cutter dans mon sac, et je l'applique sur un de mes poignets. Mon poignet droit, vu que je suis gauchère. Je fais glisser la lame sur une parcelle de peau en forçant un peu. Ca fait mal. Ca coupe un peu. Peu satisfaite de mon travail, je décide de recommencer un peu plus loin. Oui, sur ce petit bout de peau, là ! Je m'applique un peu plus, tout en surmontant la douleur. Oh, c'est un peu mieux, mais pas assez bien pour moi encore. Je m'applique tant et si bien qu'au bout d'un moment, j'arrive à me faire saigner. A la vue de ces petites billes rouges, j'exulte ! L'ivresse du sang me pousse à recommencer, à écarter mes limites. J'en fais quelques autres, puis mon père arrive. Mon corps, c'est de la chair... « Papa, regarde ce que je me suis fait. » Mon père a peur. « On va t'emmener à l'hôpital du Bocage. En urgence. Ce que tu m'as dit m'a fait très peur. C'est pas normal. » « D'accord Papa !... ».

Et peu à peu, dans la voiture, mon cerveau sain reprend ses droits sur mon cerveau malade. On va à l'hôpital...

 

Image : photo/manipulation de Nathalie Shau (http://blueblack.deviantart.com/)

18.10.06 00:41

To date 8 Comment(s)     TrackBack-URL


Eugène / Website (24.10.06 00:49)
C'est mignon.


le clown / Website (10.11.06 16:55)
c'est si beau pour des pensées si noir ...c'est si juste dans la forme et le fond...j'en suis ému ( sincèrement)
parait il que la soufrance est une belle chose d'inspiration...
parait il encore que sans soufrance le monde n'irait plus du tout bien...

une lucidité qui cohabite...mais avec quoi? avec qui?


le clown / Website (10.11.06 16:56)
source ..pas chose dslé.....


petiteAme (16.11.06 21:38)
bin moi je trouve rien de mignon à tout ça...
Je comprends parce que je suis déjà passée par là... mais c'est si loin... je ne sais pas comment on nomme cet état là.. mais pour moi c'est sans aucun doute une maladie...


red thing (16.11.06 23:08)
P'tite Ame, connaissant (un peu) Eugène, je pense qu'il était ironique .


alice qui passe par la par has (2.1.07 21:58)
je trouve super glauque...les gens ne st pas tous mauvais& arete de te talliader les poignets,c un mythe ya que des tendons les arteres st planqués entre les os...inaccesibles donc...


redthing (2.1.07 22:53)
@ Alice :

Tu sais, c'est utile de lire les articles de présentation d'un texte, comme par exemple celui qui précède...
Mais comme je suis de bonne humeur (quoique), je vais quand même me répéter : ce texte est issu de mes souvenirs, la scène décrite se passe en février 2004, je faisais à l'époque une grave dépression nerveuse mélancolique (qui est une maladie mentale) et lors de cette scène, j'étais en plein délire, d'où mes fantasmes paranoïaques de persécution. Du reste, mes automutilations étaient plus symboliques qu'autre chose, parce que ce n'est pas avec les petites "griffures de chat" que je m'étais faite que j'allais mourir d'anémie... D'ailleurs, je n'avais pas l'intention de me suicider sur le coup.
Maintenant, je vais bien, merci, je suis guérie, ce qui me permet d'en parler plutôt que de le cacher, et j'espère (un peu trop naïvement peut-ètre) donner une idée aux gens de l'enfer de la maladie mentale ainsi que du séjour en hôpital psychiatrique (oui oui, c'est pas fini, il y aura une suite). Donc, l'automutilation, les tentatives de suicide, la parano, c'est fini depuis belle lurette, je ne pense plus que les gens sont mauvais, je n'en veux plus à mon corps. Tout cela n'est qu'un témoignage d'une jeune femme guérie et forte de son expérience, voilà.

PS : se suicider en se coupant les poignets est une forme de suicide relativement courante, les veines sont donc tout-à-fait accessibles avec un couteau. Ensuite je doute que ton message fasse avancer les choses si tu avais vraiment eu affaire à une dépressive, mais je ne te jette pas la pierre, je suppose que ça partait d'une bonne intention, malgré le côté moralisateur et obligeant de ton post qui a une forte tendance à m'agacer je dois dire...


S. (20.8.07 15:34)
je connais ce sentiment... pas tous ceux décrits mais une partie et l'enfer est le mot juste pour ce type de situation...

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