J'ai de nouveau Internet, comme certain l'ont constaté, mais jusqu'à présent j'ai eu la flemme de poster quoique ce soit...
J'ai hésité longtemps pour l'article que j'allais mettre afin de rattaquer les choses sérieuses...
J'ai finalement décidé de mettre la première partie d'un texte relatant mon (heureusement court) séjour en hôpital psychiatrique, suite à une dépression nerveuse naissante particulièrement virulente (je ne le savais pas encore à l'époque, mais elle faisait suite à un traumatisme que j'ai trop longtemps minimisé, voire nié ). Le séjour fut catastrophique, je me suis fait enfermée dans l'un des plus scandaleux hôpitaux psychiatriques qui soient (tout du moins en France), sous seul argument : mon lieu d'habitation. Mon état s'est considérablement aggravé pendant ce séjour (génial pour un hôpital...).
Une petite précision : la dépression nerveuse, contrairement à ce que son usage abusif laisse croire, est véritablement une maladie mentale, au même titre que la schizophrénie par exemple. C'est un dysfoncionnement du cerveau, le malade n'est pas responsable de son état, pas plus qu'il ne le contrôle, cependant la maladie n'altère en rien ses capacités intellectuelles. Dans le cadre de cette maladie, au niveau neurologique, celà se traduit par un brusque abaissement du taux de sérotonine, mais pas seulement; souvent, c'est bien plus complexe. La chûte du taux de sérotonine a pour conséquence : la passivité par brusque baisse d'énergie, la morosité, les idées noires, le mal-ètre généralisé sans raison extérieure, le ralentissement psychomoteur (les gestes sont lents, mous). Il y a plein d'autres symptômes qui varient en fonction des patients, voire des complications, ou des formes plus complexes de dépression incluant d'autres facteurs. Mais je ne suis pas (encore) psychiatre donc je vais m'arrêter là.
Re-petite précision tout de même : ça fait déjà plusieurs mois que je suis guérie, je vous rassure, et c'est cette même guérison qui me permet d'en parler librement alors qu'avant je le cachais.
Lorsque cette épisode marquant (pour ne pas dire traumatisant) s'est produit, j'avais 17 ans, c'était au début de Février 2004... Il était 8 heures du matin et j'étais dans la cour du lycée...
PS : il se peut que quelques pensées soient déformées, amplifiées, ou que quelques détails soient changés, ma mémoire n'est pas infaillible... Cependant, l'essentiel du récit, lui, est authentique, tout comme les émotions décrites.

Je n'irai pas en cours ce matin. Je suis là, sur un banc, dans la cour, mon téléphone portable dans la main. Je viens de parler à mon père, les mots sont sortis tous seuls de ma bouche, je n'ai pas cherché à les retenir. Et je les ai déjà oublié. A peine parviens-je à en retrouver le sens. « Viens me chercher, je t'en prie, je suis sur le banc, je ne suis pas allée en cours, j'ai envie de me faire mal, j'aime me faire mal, j'en ai envie tout le temps, je trouve ça naturel de me faire du mal... » ou quelquechose dans le genre. Ma voix était calme, j'aimais ce délire, cette envie enivrante de me faire du mal, cette totale irréalité si douce à mes yeux, à mon corps, à mon âme... Je trouvais ça tellement normal ! Pourtant, cette voix du coeur ressemblait plutot à un appel à l'aide. Comme si coexistaient en moi deux cerveaux bien distincts : mon cerveau sain et mon cerveau... malade. Je suis fascinée par cette donnée naissante : malade. Alors, je lui laisse les pinceaux pour lui permettre de peindre sa toile. Je suis à la fois effrayée et pressée de voir le résultat...
Il serait mieux d'aller attendre mon père devant la grille du lycée; il m'a dit qu'il viendrait le plus vite possible... Je l'attends avec la certitude rassurante de ne pas aller en cours ce matin. Si j'étais venu, ils m'auraient jugé, oui, ils m'auraient jugé tous autant qu'ils sont, avec leurs yeux braqués sur moi, avec leurs messe-basses malveillantes... La prof de maths m'aurait regardé d'un oeil noir, parce que j'étais en retard, parce que je n'ai pas fait mes exercices, comme d'habitude. Mais j'ai autre chose à faire, moi ! Je suis en train de me découvrir sous un autre jour... Et ce matin, je ne voulais pas aller au lycée. Alors je suis arrivée en retard. J'angoisse toujours maintenant quand il s'agit d'aller au lycée, j'angoisse tellement que ça me prend toute la gorge, toute la poitrine, je suis presque paralysée, j'ai le souffle court et la silhouette voûtée. Le lycée est un prison remplie de gens malveillants... De toute façon, qu'est-ce qu'ils peuvent y comprendre, à ce nouveau Moi qui se révèle ?
*soupir* Si j'avais su où tout ça me mènerait...
En attendant mon père, je suis prise d'une idée folle mais dont le but me paraît si agréable... Je prends un cutter dans mon sac, et je l'applique sur un de mes poignets. Mon poignet droit, vu que je suis gauchère. Je fais glisser la lame sur une parcelle de peau en forçant un peu. Ca fait mal. Ca coupe un peu. Peu satisfaite de mon travail, je décide de recommencer un peu plus loin. Oui, sur ce petit bout de peau, là ! Je m'applique un peu plus, tout en surmontant la douleur. Oh, c'est un peu mieux, mais pas assez bien pour moi encore. Je m'applique tant et si bien qu'au bout d'un moment, j'arrive à me faire saigner. A la vue de ces petites billes rouges, j'exulte ! L'ivresse du sang me pousse à recommencer, à écarter mes limites. J'en fais quelques autres, puis mon père arrive. Mon corps, c'est de la chair... « Papa, regarde ce que je me suis fait. » Mon père a peur. « On va t'emmener à l'hôpital du Bocage. En urgence. Ce que tu m'as dit m'a fait très peur. C'est pas normal. » « D'accord Papa !... ».
Et peu à peu, dans la voiture, mon cerveau sain reprend ses droits sur mon cerveau malade. On va à l'hôpital...
Image : photo/manipulation de Nathalie Shau (http://blueblack.deviantart.com/)